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Référence bibliographique

D. Loudière (2008) Hommage à Denis Ballay. Rev. Sci. Eau 21 (2) : 103-105.

Texte intégral (PDF)

Résumé

Denis Ballay nous a quittés le 17 mars 2004 et je salue l’initiative de la Revue des Sciences de l’Eau qui dédie le colloque organisé pour célébrer son vingtième anniversaire de création à la mémoire de ce brillant collègue, quatre ans, après son décès. J’ai eu la chance de croiser Denis lors de toutes les phases de son parcours professionnel, depuis sa formation spécialisée jusqu’à son affectation comme ingénieur général au Conseil Général du Génie Rural des Eaux et des Forêts; je suis bien conscient de l’honneur qui m’est fait lorsque, fin mars 2008, j’ai été sollicité pour présenter cet hommage.

Une formation de haut niveau

Dès l’âge de 18 ans, c’est-à-dire à un âge où l’immense majorité des élèves prépare le bac français, Denis présente les concours d’entrée aux grandes écoles après deux années de formation intensive centrée sur les mathématiques et la physique en classes préparatoires. Denis réussit, dès la première tentative, le concours d’entrée à l’École Polytechnique dans un très bon rang.

À sa sortie de l’X, il opte pour le service public et intègre le corps des ingénieurs du génie rural des eaux et des forêts. Pendant les deux années de scolarité à l’ENGREF, parmi les quelque 40 élèves de la promotion 1966-1968, nous nous sommes côtoyés et j’ai découvert, chez Denis, un mélange d’humour assez britannique et de sérieux; déjà, sa principale orientation professionnelle se dessine lorsqu’il choisit l’option « qualité des eaux », ce qui nous a valu, entre autres, de procéder ensemble à une pêche électrique en Franche Comté et à un comptage de Daphnies sur le lac du Bourget.

Un parcours professionnel dans le service public

Sa première affectation est la division « qualité des eaux, pêche et pisciculture » au sein d’un établissement maintenant dénommé Cemagref. De 1969 à 1975, Denis va animer une équipe d’une quinzaine de personnes qui a véritablement lancé l’activité épuration des eaux usées au sein de cet établissement. À l’époque, les petites et moyennes collectivités territoriales, ainsi que les industries agroalimentaires, commencent à s’équiper; la connaissance de l’efficacité des stations est très inégale, notamment pour les procédés développés pour les petites collectivités. Des séries de mesures sur site sont réalisées, et en 1972, les premiers bilans de fonctionnement sur 24 heures sont effectués sous sa conduite. En parallèle, l’aération des stations à boues activées fait l’objet d’études particulières; ce programme se poursuit encore aujourd’hui et les mécanismes et procédés du transfert d’oxygène constituent toujours des sujets de recherche d’actualité.

Après s’être consacré à des études spécialisées, Denis devient chef du service « Hydraulique-forêts-assainissement » de la Direction Départementale de l’Agriculture de Seine-Maritime à Rouen. Dans ce poste, la bonne appréciation des actions prioritaires à conduire au bénéfice des collectivités et le management d’une équipe de terrain mobilisent son attention. Dans cette période, Denis s’investit aussi dans la diversification et l’adaptation des procédés d’épuration selon les milieux récepteurs; je me souviens de notre collaboration pour étudier la perméabilité des sols en place censés recevoir des bassins de lagunage.

Nommé sous-directeur « Eau et équipements publics » de la Direction de l’Aménagement au ministère de l’Agriculture, il rejoint en 1981 la capitale qu’il ne quittera plus. Les services publics ruraux (eau potable, assainissement, électrification rurale) et les équipements collectifs agricoles (silos, abattoirs, etc.) figurent dans ses attributions; nous nous sommes retrouvés dans des commissions de normalisation, des commissions d’agrément; c’est à cette époque que nous avons travaillé ensemble sur le calcul des silos métalliques stockant des céréales. Selon l’un de ses collaborateurs, il faut alors construire des cohésions, des référentiels et des nouveaux positionnements et, dans ce poste, Denis apparaît clairement comme un animateur thématique et un porteur de politique publique, tout en restant un excellent ingénieur.

En 1987, le Directeur Général du Cemagref le sollicite pour prendre la direction scientifique du Cemagref avec le pilotage des programmes. Le Cemagref, établissement public à caractère scientifique et technique, est encore en plein devenir et de nombreux choix restent à faire pour donner à l’établissement des chances réelles en améliorant son ancrage scientifique afin de contribuer aux politiques publiques dans le domaine de l’eau, de l’environnement et du développement des territoires ruraux. Dans ce poste, Denis prend la mesure des enjeux partenariaux avec l’enseignement supérieur et lance plusieurs projets de laboratoire en coopération; c’est dans ce contexte que le laboratoire « Gestion des services publics » est mis en place à Strasbourg en association avec l’ENGEES.

En 1992, Denis Ballay est appelé par le Ministre pour diriger l’ENGREF (École Nationale du Génie Rural des Eaux et des Forêts). Dans ce poste, l’action du nouveau directeur se focalise selon trois axes principaux :

le dialogue avec les étudiants pour les éclairer sur les différentes positions professionnelles de l’ingénieur, notamment dans des fonctions de spécialistes, d’experts ou de chefs de projets; l’amélioration constante de la formation, la mise au point de filières ou d’options de haut niveau en liaison avec la recherche; la stratégie partenariale avec la création de ParisTech (association de 11 écoles d’ingénieurs de la région parisienne) ou celle de l’école doctorale des sciences du vivant.

Pendant cette époque, nous nous retrouvions régulièrement pour participer aux conférences mensuelles des directeurs des écoles de l’enseignement supérieur du ministère de l’Agriculture; sa finesse d’analyse a souvent permis d’abréger des débats peu productifs, sinon confus.

En 2000, Denis quitte la direction de l’ENGREF, non sans regret. Il rejoint alors le Conseil Général du Génie Rural des Eaux et des Forêts, sa dernière affectation administrative. Il y retrouve une activité d’expert, notamment en matière de qualité des eaux, et s’implique dans la gestion des ingénieurs des corps techniques de l’État en suivant plus particulièrement les parcours professionnels dans la recherche. Il retrouve fréquemment ses anciens collègues du Cemagref comme vice-président du conseil scientifique et président de la commission spécialisée « gestion des territoires ».

Un authentique rayonnement professionnel

En matière de normalisation et de références techniques, l’activité de Denis se développe, à partir de 1981, dans son poste de sous-directeur au ministère; notamment, il préside le comité d’orientation stratégique de la normalisation pour le cycle de l’eau ainsi que le comité technique ISO 224 qui traite de la gestion des services de l’eau et de l’assainissement. Membre du conseil supérieur d’hygiène publique de France, Denis suit les travaux de la section des eaux.

Dans le monde des associations scientifiques et techniques, l’engagement de Denis ne se dément pas. Il préside le comité français de la recherche sur la pollution de l’eau de 1989 à 2001, ainsi que l’AGHTM de 1998 à 2002; son rôle a été essentiel dans le rapprochement entre le CFRP et l’AGHTM et la création de l’ASTEE, comme pour l’organisation du congrès mondial de l’eau de l’International Water Association à Paris en 2000. Pendant cette période, il contribue remarquablement au rayonnement de l’ASTEE.

L’association ParisTech dont Denis a été l’un des promoteurs actifs est devenue un pôle de recherche et d’enseignement supérieur avec le statut d’établissement public. Si l’ENGREF en a été un acteur significatif, c’est certainement à Denis que nous le devons; les rapprochements entre grandes écoles sont particulièrement délicats à conduire et il faut du talent et de la persévérance pour les faire progresser.

La composante « compétences spécialisées et expertises scientifiques » des corps techniques de l’État a toujours intéressé Denis, qui s’est investi dans la formation complémentaire par la recherche (les thèses notamment) des ingénieurs des corps techniques de l’État. Il avait acquis la conviction que la gestion des crises, la complexité des politiques publiques, la diversité de la demande sociale et les enjeux environnementaux impliquaient des liens étroits avec le monde de la recherche où il avait fait un passage réussi. J’ai pris avec fierté son relais sur ce créneau particulier.

Les relations et les échanges internationaux sont apparus dans la deuxième partie du cursus de Denis; je suppose qu’il a souhaité d’abord ancrer ses compétences dans le contexte hexagonal, puis les sollicitations se sont multipliées : rappelons l’ISO avec le comité 224, l’Association Internationale de l’Eau et de nombreuses collaborations avec le Québec. Notons au passage les relations extrêmement cordiales qui se sont nouées à partir de 1990 entre Bernard Bobée et Denis, au sein du comité de direction de la Revue des Sciences de l’Eau, afin d’attirer les auteurs les plus pertinents de part et d’autre de l’Atlantique.

En guise de conclusion, je souhaiterais reprendre quelques phrases prononcées par d’éminents collègues lors de l’hommage à Denis, organisé par l’ENGREF et le Cemagref, le 30 septembre 2004 à Paris :

un ingénieur authentique, une capacité d’analyse et de proposition, un chef de projet; un scientifique rigoureux et prémonitoire, ses écrits sur l’oxygénation des boues activées n’ont pas pris une ride; un homme disponible pour des conseils remarquablement éclairants; une référence dans le monde des associations scientifiques et techniques; un stratège et un visionnaire avec le souci de la mise en œuvre, donc beaucoup de pragmatisme; un homme de bien, un homme très complet, un honnête homme, un ami.

C’est sur cette dernière appréciation que je souhaiterais terminer cet hommage. Denis Ballay a eu beaucoup d’amis et il a largement mérité cette confiance que toutes les personnes qu’il a côtoyées à titre professionnel lui ont accordée de façon unanime.

Denis, ce deuxième hommage collectif, un peu plus de quatre ans après ta disparition, est là pour témoigner de tes nombreux et réels mérites. Que les organisateurs de ce colloque qui t’est dédié en soient vivement remerciés.

Correspondance

D. Loudière : Conseil Général de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Espaces Ruraux 251, rue de Vaugirard, 75732 Paris cedex 15, France

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Mise à jour: 2008-09-15
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